Derrière les murs est sous la terre
Un projet des artistes Adrien Büyükodabas, Bilyana Furnadzhieva, Julia Gault, Sacha Golemanas, Rudy Levassor, Raphaël Maman, Eléna Thiébaut, Jeanne Tresvaux du Fraval
Exposition du 17/11 au 16/12

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Installation de Julia Gault et Raphaël Maman. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Installation de Julia Gault et Raphaël Maman. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Adrien Büyükodabas. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Eléna Thiébaut. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Rudy Levassor. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Rudy Levassor. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Adrien Büyükodabas. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Julia Gault. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Julia Gault. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Bilyana Furnadzhieva, Sacha Golemanas. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l'exposition "Derrière les murs est sous la terre", Arondit, novembre 2017. Photo Salim Santa Lucia

Vue de l’exposition “Derrière les murs est sous la terre”, Arondit, novembre 2017. Bilyana Furnadzhieva, Jeanne Tresvaux du Fraval. Photo Salim Santa Lucia

Cette volonté perpétuelle et insatiable de l’humanité à vouloir tout classifier, ordonner et contraindre semble au fond, comme une défaite annoncée. Derrière toute construction – ne serait-ce qu’un bout de mur – se dissimule un petit morceau de nature, de vivant, prêt à dévoiler tous ses mystères. L’espace d’Arondit, rocheux et humide en son sous-sol, devient alors un prétexte à dévoiler ce monde parallèle si largement oublié ou pire, ignoré. À travers ce fascinant projet fait d’observation, de collection ou de conservation, les huit artistes de Derrière les murs est sous la terre deviennent des amateurs éclairés, qui exercent dans notre espace un étrange naturalisme teinté d’artificialité.

Avec les théoriciens de l’histoire naturelle, il est ainsi souvent question de classification des espèces vivantes par l’appréhension de leurs couleurs. Les moulages flashy de petits animaux de Sacha Golemanas font directement référence à la teinte pourpre du mollusque portant le même nom, à l’origine obtenu par un mélange de bleu et de rouge, qui a ici muté par une colorimétrie ultra-synthétique. Ses ailerons d’orques sont eux ausi déviants, la déformation de leurs axes faisant référence à la dégénérescence de ces espèces lorsqu’elle sont enfermées dans des parcs aquatiques.

C’est lors d’un récent voyage en Inde que Bilyana Furnadzhieva observe des pêcheurs utilisant des “filets chinois”, ces grandes toiles fabriquées à l’aide de cordes et de pierres, qui lui servent désormais de source d’inspiration pour composer de nouveaux minéraux, qu’elle agglomère pour imiter un procédé ambigu à la croisée de l’artificiel et du naturel. L’artiste poursuit ses compositions d’amas rocheux par la création d’une fresque, qui sert de partition musicale tout en évoquant, d’une manière très poétique, des poussières d’étoiles.

En épluchant littéralement des projections environnementales et sociologiques dans différentes revues et des sites spécialisés, Jeanne Tresvaux du Fraval ne laisse plus apparaître que des formes visuelles, à priori insignifiantes, mais finalement plus frappantes sans aucun commentaire. Malgré l’absence de légende, on comprend cependant assez vite que les différentes courbes et schémas annoncent des prédictions catastrophiques, un péril à venir.

Tout organisme vivant, facilement altérable et périssable, doit lutter contre les éléments qui l’entourent, étant à la merci d’agressions externes perpétuelles. Les formes indéfinies d’Adrien Büyükodabas, entre bactéries et protubérances, sont à la fois charnelles et repoussantes. La maladie, omniprésente et malléable, déroute autant qu’elle captive.

Julia Gault est fascinée par la fragilité de la position verticale, elle aussi instable, que l’on peut par analogie facilement rapprocher de l’effort considérable demandé par la bipédie de notre espèce, l’homo sapiens. Geste contre nature, l’édification de sa colonne en sable est instable, sous tension, inexorablement attirée par la chute.

C’est par la collecte et la sélection de différents matériaux organiques à travers le monde que Rudy Levassor, tel un chamane, tente de capter l’esprit de la matière. Imaginant un passif imprégné d’ésotérisme dans cette cavité bien spécifique, il crée un langage visuel énigmatique, indéchiffrable, donnant cet effet universel d’incompréhension face à l’inconnu. Chacun pourra tenter d’en capter les codes et les secrets.

Le vieux paillasson récupéré par Eléna Thiébaut, qu’elle a volontairement laissé se recouvrir d’éléments organiques et de petites plantes, abrite un microcosme qu’elle souhaite artificiellement maintenir dans ce contexte d’exposition par tout un système de lampe UV et d’arrosage programmé. D’objet domestique et fonctionnel, le paillasson devient symbole de passage, permettant, comme dans un rite funéraire, d’aller vers un ailleurs.

La dernière salle du sous-sol présente deux projets complémentaires faisant écho aux problèmes d’humidité auxquels Arondit fait face depuis son ouverture. En interrogeant cette contrainte de la modification de la matière par l’eau, des bonbonnes moulées en faïence crue seront remplies chaque semaine par de l’eau de pluie récoltée par Julia Gault depuis plusieurs mois. Rendant la terre humide, et donc fragile, les sculptures se détruisent d’elles mêmes. En parallèle, l’humidité de cette eau sera captée par le dispositif de feuilles de papier buvard disposées dans l’espace par Raphaël Maman, qui seront elles mêmes altérées dans ce cycle immuable. Chaque format est précisément déterminé par le taux d’humidité du mur sur lequel il est placé, révélant ainsi l’imperceptible. En jouant de l’aléatoire et de l’accident, ses créations nous rappellent brusquement à notre état, fragile et transitoire.

Romain Semeteys